Le blog de Munsa Nzinga Kandombe

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La Véritable Histoire du Peuple de Katiopa, Les Enjeux de la Renaissance

Publié le par Munsa Nzinga Kandombe
Publié dans : #À lire

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« Entre les XVe et XVIIIe siècles, les Européens n’avaient pas les moyens politiques et militaires d’aller chercher les esclaves eux-mêmes. (...) Ils n’avaient pas les moyens de soigner des maladies particulièrement meurtrières, comme la maladie du sommeil ou la malaria. Une armée européenne qui se serait aventurée dans les terres en Afrique aurait été très rapidement décimée. Les Européens doivent donc rester sur la côte et attendre que des commerçants africains leur amènent les marchandises dont ils ont besoin. Ces commerçants autochtones servaient d’intermédiaires avec les compagnies européennes. Ils étaient de connivence avec les États africains, eux-mêmes souvent très militarisés. »

Pr. Ibrahima Thioub, dans l'article "Esclavage: Les responsabilités africaines dans la traite atlantique des noirs": http://www.gauchemip.org/spip.php?article6754

Voyons voir à présent si les affirmations du Pr. Ibrahima Thioub sont conformes avec la réalité des faits présentés par le Portugais Gomes Eanes de Zurara qui a vécu à l'époque de l'esclavage dans son livre "Chronique de Guinée" daté de 1453.

PRÉSENTATION DU LIVRE
« Les documents portugais des XVe et XVIe siècles nous fournissent les informations les plus intéressantes sur les premiers contacts avec les Européens; du moins en ce qui concerne l'Afrique portugaise. D'une certaine manière, ils font partie des sources fondatrices de l'historiographie de la colonisation.

[...] Pour exemple, la Chronique de Guinée de Gomes Eanes Zurara est le document le plus important sur l'histoire de la découverte de la côte occidentale africaine, à la fin du Moyen-Âge; elle est datée de 1453.

[...] Pour rédiger cette chronique, Zurara avoue avoir largement utilisé un ouvrage aujourd'hui disparu, celui d'Afonso Cerveira, et qui relatait des faits allant jusqu'en 1446. [...] Par ailleurs, il s'appuie sur des éléments empruntés à d'autres sources fournies par des voyageurs comme son compatriote Joao Fernandes, l'explorateur du Sahara occidental.

Il a pu quand même assister au Portugal à l'embarquement des esclaves noirs vers l'Amérique. L'Afrique qu'il présente est une terre primitive où vivent des êtres à l'état sauvage, habitant sous des cages de paille et ignorant la religion des gens civilisés: celle du Christ. Il n'est donc pas étonnant de voir présenté comme des actes de bravoure ce qui n'était que de vulgaires coups de main ou de sanglantes razzias.

Abou Haydara, "L'envers de l'épopée portugaise en Afrique (XVe-XXe siècles)" p.13, 14


« Quand ils débarquaient, les marins portugais ne s'aventuraient guère à l'intérieur des terres et ils regagnaient bien vite leurs navires dès qu'ils avaient capturé assez d'indigènes pour assurer la rentabilité de leurs expéditions. [...] mais dans l'immédiat, la chasse aux esclaves était le mobile premier et ses gains pouvaient seuls compenser pour les équipages les risques courus. [...] De nombreux chapitres s'intitulent avec franchise: "Comment [tels ou tels capitaines] furent à... et des Maures qu'ils y prirent". 

[...] Qu'on en juge par cette relation d'une poursuite d'indigènes fuyant à travers un bras de mer sur leurs pauvres radeaux: "Émus de pitié, bien que ceux qui montaient les almadies fussent des infidèles, ils [les Portugais] ne voulurent pas en tuer beaucoup. Mais on ne peut douter qu'un grand nombre de Maures, abandonnant leurs almadies sous l'effet de la peur, n'aient péri dans la mer. Et les nôtres, laissant les uns à leurs gauche et les autres à leur droite, avançaient ainsi au milieu d'eux tous, ne recueillant que ceux qui étaient de plus faible corpulence afin d'en pouvoir loger davantage dans leur canot" (p.104).

Il fallait en effet en capturer beaucoup, car cette "marchandise" était périssable: "Dès qu'ils arrivaient en notre pays et qu'on leur donnait des mets cuisinés et des vêtement pour leurs corps, leurs ventres se mettaient à enfler et ils tombaient parfois malades jusqu'à ce qu'ils se fussent habitués aux conditions naturelles de notre sol; et certains d'entre eux étaient d'une telle complexion qu'ils ne pouvaient supporter ce régime et qu'ils mouraient; mais du moins ils mouraient chrétiens" (p.111).

[...] La cécité de ces marins a quelque chose d'étonnant. Ils paraissent n'avoir rien vu, ils n'ont rien à raconter que leurs "exploits", dont la majeure partie consistait à surprendre des pêcheurs ou des nomades pour en ramener le plus grand nombre, ce qui, nous dit-on en passant, devait bien leur faire connaître la fausseté de leur secte.

[...] Si quelqu'un dans son récit s'interroge sur autrui, c'est le Maure ou le Noir qui ne peuvent, bien entendu, que s'émerveiller à la vue des Portugais; mais jamais l'interrogation ne va dans l'autre sens. Le premier Noir capturé fut victime de sa curiosité en face de Blancs qui n'en montraient guère (p.124). [...] Malheureusement, c'est Zurara qu'il faut lire si l'on veut comprendre un processus qui porte encore les marques de son origine. »

Jean Pouillon, dans la revue "L'Homme", Volume 3 - Numéro 1 p. 134-135 (1963)


« [...] au cours des premières expéditions, il n’était possible de baptiser que ceux des païens qui avaient été enlevés et ramenés au Portugal. Jusqu’en 1447, les efforts évangélisateurs sur le territoire africain ne purent apporter de résultats, vu le caractère pillard des expéditions: ce furent des incursions, des raids, des mises à sac. Les conflits, l’hostilité, la peur qui chassait les autochtones de leurs villages, autant de facteurs qui empêchaient les conversions sur place.

[...] Zurara mentionne par contre les autres efforts de l’Infant Henri pour convertir les populations indigènes. Il raconte l’histoire d’un garçon enlevé lors d’une des expéditions et amené au Portugal. Là, il fut baptisé et reçut un enseignement religieux car le prince Henri le destinait à la prêtrise pour l’envoyer ensuite en Afrique. Malheureusement, le jeune homme mourut avant d’avoir atteint l’âge adulte.

[...] A peine débarqués, les captifs furent divisés en deux groupes: un cinquième d’entre eux revenait au prince, les autres devaient être partagés entre les membres de l’expédition et vendus. Au grand désespoir des esclaves, le partage se faisait sans tenir compte de liens de famille qui les unissait: on séparait les couples, on enlevait les enfants à leurs mères. Un tel partage eut lieu pour la première fois depuis le début des expéditions et le spectacle fut si déchirant que les habitants de Lagos se mirent à protester. Le prince Henri, présent lors de l’incident, eut vite fait de rétablir l’ordre et le partage put reprendre. Lui-même, il ne garda pas les esclaves qui lui revenaient de droit (46 personnes), mais en fit don à différentes institutions.

[...] Il s’agissait aussi bien d’esclaves noirs que d’esclaves berbères et arabes qui "n’étaient pas endurcis dans la croyance des autres Maures".

[...] Antão Gonçalves et Nuno Tristão enlevèrent quelques Maures, parmi lesquels un certain Adahu, désigné comme "un de leurs notables". Ramené au Portugal, Adahu propose à Antão Gonçalves cinq ou six esclaves en échange de sa liberté. Parmi les captifs, il y avait encore deux autres hommes qui, eux aussi, promettent de payer une rançon, une fois ramenés en Afrique. Ce qui aurait fait dix esclaves au lieu de trois. Antão Gonçalves accepte le marché, car "il valait mieux sauver dix âmes que trois".

[...] Les explorateurs attaquaient les Africains, dressaient des guet-apens, organisaient la chasse à l’homme, livraient des batailles. Les cas de relations pacifiques et d’échanges de marchandises furent très rares. Car le moyen le plus sûr de s’enrichir fut de ramener du butin et des esclaves.

Ce qui explique le mieux le comportement des explorateurs, c’est une phrase plusieurs fois répétée, à savoir qu’il ne valait pas la peine de "retourner au royaume avec un si maigre profit", qu’il fallait chercher d’autres esclaves car le butin était toujours trop mince. Les découvreurs prirent l’habitude de comparer entre eux les butins ramenés d’expéditions précédentes.30Au cours de batailles, d’escarmouches et de chasses à l’homme, il n’y avait pas de place pour la religion.

[...] À l’époque, il était généralement admis que la loi autorisait les chrétiens à lutter contre les païens et les infidèles, qu’elle leur permettait de les attaquer et de les convertir de force. »

Michal Tymowski, "L’évangélisation des païens d’Afrique Occidentale dans la chronique de Gomes Eanes de Zurara (XVe siècle)" (AFRICANA BULLETIN, Nr 51, Warszawa 2003).


« La Chronique de Guinée de Gomes Eanes de Zurara est le document le plus important de l'histoire de la découverte de la côte occidentale africaine à la fin du Moyen Age. Fondée sur les récits des marins, elle couvre les années 1433-1448 qui correspondent à l'exploration de cette côte, du cap Bojador jusqu'aux parages du cap Vert.Son intérêt est multiple. Tout d'abord, le portrait qu'elle nous trace de l'infant Henri le Navigateur, grand initiateur de l'expansion maritime, est un des rares témoignages que nous possédons sur cette figure hautaine, un peu froide et mystérieuse, d'ascète et de réalisateur. Ensuite, elle décrit pour la première fois la rencontre des Européens avec les maures du Sahara, puis avec les Noirs. Celle-ci s'est d'abord écrite en lettres de sang: escarmouches, razzias et massacres préludent au commerce des biens et des esclaves. Mais l'attitude des Portugais s'avère parfois ambiguë. Zurara n'hésite pas à nous faire part de sa compassion pour les victimes, et il est difficile de trouver des pages plus poignantes que celles du partage des captifs ramenés à Lagos en 1444. Le texte rassemble enfin des informations sur les habitants des Canaries et le peuplement des îles de Madère et des Açores. Œuvre unique à son époque, la Chronique de Guinée reste aujourd'hui un témoignage méconnu sur un épisode dramatique et fondamental de l'histoire universelle. »

Présentation de l'éditeur


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